Imaginez-vous en train d’arroser vos plantes, installé bien au chaud derrière vos fenêtres embuées, alors que dehors les jours raccourcissent et que le froid s’installe. Vous croyez peut‑être veiller au mieux sur vos chères compagnes vertes. Mais si chacune d’elles essayait de vous faire passer un message pourtant vital, sans que vous n’en ayez conscience ? Selon des recherches récentes, le son, imperceptible pour vous, pourrait être ce message.
Des plantes qui parlent en silence
Le 24 novembre 2025, le site Maison/20 Minutes a relayé une information étonnante. Plusieurs études scientifiques récentes montrent que certaines plantes émettent des sons en cas de stress hydrique. Ces sons ne sont pas de simples vibrations, mais de véritables signaux acoustiques, inaudibles à l’oreille humaine, mais détectables par des appareils sensibles. « Des clics, semblables à des petits « pop », ont été enregistrés chez des tomates ou des plants de tabac privés d’eau », rapporte Scientific American dans un article du 31 mars 2023. Ces sons, émis à des fréquences ultrasoniques (entre 20 et 100 kHz), dépassent largement le spectre audible pour l’homme, limité à 20 kHz. Selon l’équipe de la biologiste Lilach Hadany, de l’université de Tel Aviv, ces bruits augmentent significativement lorsque la plante est soumise à un stress. Une tomate en souffrance peut produire jusqu’à 35 sons par heure, contre à peine un seul en temps normal. Ce phénomène semble donc corrélé à l’état de santé du végétal.
Une explication hydraulique : la cavitation
Comment expliquer que des plantes apparemment muettes puissent ainsi émettre un son ? La principale hypothèse repose sur un phénomène interne : la cavitation. Lorsqu’une plante manque d’eau, la tension dans les vaisseaux qui transportent la sève (appelés xylèmes) s’intensifie. Cette pression entraîne la formation de minuscules bulles d’air, lesquelles éclatent soudainement, provoquant un claquement. Ce claquement génère une onde sonore ultrasonique, c’est ce que les chercheurs captent avec leurs capteurs. « Les sons enregistrés proviennent probablement de l’implosion de bulles dans le système vasculaire de la plante, une hypothèse cohérente avec le phénomène de cavitation », détaille Science News Explores, dans un article publié le 19 mai 2023.
Toutefois, les scientifiques restent prudents : des analyses plus poussées sont nécessaires pour confirmer ce lien direct. Pour l’instant, cette interprétation reste la plus probable. Mais elle souligne un fait intrigant : derrière leur immobilité apparente, les plantes réagissent et signalent leur détresse, non pas par des couleurs ou des odeurs, mais par des sons.

Des applications pratiques pour vos plantes d’intérieur
Ces découvertes pourraient bien changer notre manière de prendre soin de nos plantes d’intérieur. En effet, la possibilité de capter ces sons ouvre la voie à des dispositifs capables de prévenir automatiquement le jardinier d’un manque d’eau. Des chercheurs envisagent déjà l’intégration de micros ultrasensibles dans des capteurs domestiques. Ces outils permettraient de détecter la moindre alerte sonore d’un végétal en souffrance, bien avant que ses feuilles ne se flétrissent. Une telle technologie, encore en développement, serait précieuse pour les horticulteurs professionnels comme pour les amateurs soucieux de maintenir leurs plantes en pleine santé.
Par ailleurs, cette sensibilité acoustique révèle aussi une nouvelle forme de communication dans le règne végétal. Certaines espèces animales, comme les chauves-souris ou les rongeurs, pourraient entendre ces sons. Cela laisse penser que les plantes ne sont pas isolées dans leur environnement, mais insérées dans un réseau d’interactions sonores que nous commençons tout juste à comprendre.
Ce que nos oreilles ne captent pas, la science le révèle
Pourquoi n’avons-nous jamais entendu ces cris végétaux auparavant ? La réponse est simple : nous n’en sommes pas capables. Le spectre auditif humain ne dépasse pas 20 kilohertz, alors que les clics enregistrés atteignent 50 à 80 kilohertz. Cela signifie que, même si une plante hurle de soif à quelques centimètres de nous, notre ouïe reste sourde à son appel.
Ce n’est pas une illusion, mais une réalité physique. La chercheuse Lilach Hadany explique, dans des propos rapportés par Euronews : « Nous pensons que les plantes ont évolué pour produire ces sons, et que certains animaux peuvent les percevoir. Cela suggère une fonction écologique à cette émission sonore ». En d’autres termes, ce langage végétal ne nous est pas destiné, mais il existe bel et bien. Et c’est grâce à la technologie que nous commençons à le décrypter.
Une vigilance renouvelée pour l’hiver
Alors que l’hiver approche, avec son cortège de journées plus courtes et d’air intérieur plus sec, il devient crucial de surveiller davantage vos plantes d’intérieur. En effet, ces conditions favorisent le stress hydrique.
Si votre pot de basilic ou votre pothos émet un son, vous ne l’entendrez pas, mais il est possible qu’il soit déjà en souffrance. La simple vérification de l’humidité du terreau ou l’usage d’un humidificateur peut faire une grande différence. Car derrière leur silence apparent, vos plantes vous parlent, mais dans une langue que la science commence à traduire.






